16 juin 2026 - 22:29
Guerre cognitive et humain-média : l’appel du Dr Rezaei pour une refonte stratégique du récit en Iran

Dans une analyse approfondie, le Dr Ali-Akbar Rezaei, expert en guerres hybrides, révèle que la guerre cognitive est devenue le principal théâtre d’affrontement au Moyen-Orient. Il met en garde contre l’essor de « l’humain-média » et l’absence d’un système narratif cohérent en Iran, qui créent des brèches exploitables par les adversaires. Il propose une réingénierie des liens entre décideurs, médias et universitaires pour restaurer l’autorité informationnelle du pays.

Agence de presse AhlulBayt (ABNA) : Selon le Dr Ali-Akbar Rezaei, professeur en sciences de la communication et membre d’une université iranienne, la région est actuellement le théâtre d’une guerre cognitive d’une intensité inédite. Dans un entretien exclusif accordé à l’Agence AhlulBayt (ABNA), il déclare que « les opérations psychologiques et médiatiques observées ces douze derniers mois dans le monde constituent l’exemple le plus abouti de guerre hybride, où les outils numériques l’emportent sur les capacités militaires conventionnelles ».

L’ère de « l’humain-média » : double tranchant

Rezaei souligne une mutation fondamentale : chaque citoyen, via les réseaux sociaux, est devenu un acteur médiatique potentiel – ce qu’il nomme « l’humain-média ». Cette évolution brise le monopole des médias classiques et offre une opportunité inédite pour diffuser le récit de la Résistance. Mais elle expose aussi à une fragmentation des discours et à une désinformation massive, d’autant que les algorithmes des plateformes comme X, Telegram ou Instagram orientent silencieusement les perceptions.

Trois piliers pour une contre-narration efficace

Pour l’expert, toute stratégie de guerre cognitive doit reposer sur trois piliers interconnectés : les médias officiels, les élites intellectuelles et les groupes d’influence sociaux. « Leur coordination est la clé d’une narration nationale résiliente », insiste-t-il. Or, il déplore un « fossé systémique » entre les producteurs de données, les décideurs politiques et les rédactions. Ce décalage, selon lui, génère des vides informationnels que les ennemis de l’Iran exploitent immédiatement pour instiller le doute, diviser la société et affaiblir la confiance dans les institutions.

Les leçons de la guerre de Ramadan

Rezaei rappelle que lors des récents conflits à Gaza et au Liban (souvent désignés sous le terme de « guerre de Ramadan »), les médias occidentaux et régionaux ont orchestré une vaste campagne pour déformer les positions de l’Iran et de l’Axe de la Résistance. Il estime que l’issue de cette bataille médiatique ne peut s’analyser qu’à travers une approche pluridisciplinaire, mêlant sociologie, psychologie sociale et études des algorithmes.

Propositions opérationnelles

Le professeur avance plusieurs solutions concrètes :

  • Création d’un observatoire national des algorithmes pour contrer les biais des plateformes étrangères.

  • Accélération du développement de réseaux sociaux iraniens souverains, avec des mécanismes de recommandation transparents.

  • Lancement de programmes de littératie médiatique dans les écoles et les universités pour former les jeunes au décryptage des sources.

  • Mise en place d’une cellule de veille cognitive reliant en temps réel les ministères, les centres de recherche et les rédactions.

La guerre ne s’arrête pas avec les armes

En guise de conclusion, Rezaei martèle que « la cessation des frappes militaires n’équivaut pas à la fin de la guerre ». Le conflit change simplement de registre – du dur vers le cognitif – mais l’affrontement fondamental entre le camp du droit et celui du mensonge perdure. Il appelle les chercheurs à transformer les expériences récentes en « théories opérationnelles » pour guider les futures politiques médiatiques et éviter la répétition des erreurs de communication lors de prochaines crises.

Perspectives et ancrage doctrinal

Cette analyse s’inscrit en parfaite cohérence avec la doctrine du « Jihâd al-Tabyin » (effort d’explication) énoncée par le Guide suprême de la Révolution, qui érige la clarification et la contre-narration en devoir national et religieux face à l’offensive cognitive globale. Les universités iraniennes sont invitées à prioriser les études sur la guerre hybride dans leurs programmes de recherche et à former une nouvelle génération de stratèges médiatiques.

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